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  • Alexia Courrault

Laurence Armelle (1983): Réussir son métier, sans mettre en péril sa vie personnelle

Dernière mise à jour : 2 mars

Que faire lorsque l’on a quatorze ans, la tête déjà aussi solide que l’ambition, une détermination à toute épreuve, mais que l’école vous est devenue insupportable? Travailler, être indépendante, agir, en un mot: vivre.


Six ans plus tard, Laurence est heureuse de son choix: “À l'époque, raconte-t-elle, j’avais deux voies possibles: apprendre le métier de mon père ou celui de ma mère”. Le premier, c’était le grand air, la campagne, le ciré et les bottes en caoutchouc: l’élevage de chevaux. Le second c’était la ville, une profession plus intimiste et féminine: la coiffure.


J’ai hésité, les deux me plaisaient, j’ai finalement penché pour la coiffure”, dit Laurence dont on sent le tempérament “dynamite” sous l’écorce de jeune fille plutôt rangée.

Sa décision prise, elle prend sa nouvelle vie à bras le corps et apprend le métier dans le salon de sa mère, tout à fait ravie. C.A.P en candidate libre- pas question de retourner à l’école, même pour ça!- et avec la violence douée de l’adolescence, grille en quelques années toutes les étapes.

Autour d’elle, père et mère attentifs encouragent cette vocation précoce, sans en masquer les difficultés.

Situation privilégiée? “Bien sûr, reconnaît Laurence. Mes parents m’ont beaucoup facilité les choses, ils m’ont poussée et soutenue. Mais je travaillais dur! En même temps ma mère a été sans doute plus sévère, plus exigeante avec moi qu’avec une autre apprentie. Il y a eu des moments de tension! J’avais seize ans, tout ce que j’entreprenais marchait, je faisais des stages chez de grands coiffeurs, ça m’a un peu fait tourner la tête.”


Peu à peu, Laurence assume au salon de plus en plus de responsabilités. Jusqu’au jour où les circonstances l’obligent à faire ses preuves: sa mère tombe malade et s’en remet entièrement à sa fille pour faire tourner la maison. “J’ai eu un peu le vertige, dit Laurence, c’était une énorme responsabilité”. Situation risquée en effet dans une équipe où la patronne est la plus jeune de tous! Mais c’est compter sans la volonté et l’énergie de Laurence. L’examen de passage réussi avec brio, elle a depuis deux ans la charge quasi totale du salon.


L’autorité naturelle

Sous la voix ferme de Laurence, se glisse parfois encore le timbre imperceptible de l’enfance, mais l’autorité est bien là, naturelle. “Elle a beaucoup plus de poigne que moi”, dit sa mère, elle sait mieux que moi demander les choses, elle est “nette”, elle n’a aucun problème avec l’équipe. Elle a la manière! “ “On travaille bien ensemble“, répond Laurence.


En matière capillaire, elle se fait une spécialité des cheveux longs. Le bouche à oreille marche fort: toutes celles qui voient régulièrement leurs cheveux menacés du coup des ciseaux des créateurs intempestifs, s’échangent l’adresse du salon. Les nattes, les chignons, Laurence les réussit à merveille. Elle coiffe même à l’occasion les chevaux de son père. C’est ainsi qu’on a pu voir devant le salon, l’insolite spectacle d’une jument exhibant une magnifique résille emperlée en guise de crinière. Travail qui valut au cheval un premier prix de présentation!


Ne pas trop donner au travail

Dévoreuse de vie, de travail, d’idées, Laurence met les bouchées doubles sans vouloir pour autant mettre en péril sa vie personnelle, trop donner au travail. "Je veux réussir, mais garder aussi un minimum de vie bien à moi.” Ainsi, elle ne rêve pas-pour l’instant- d’un grand salon tapageur. Celui-ci lui plaît, dans ce quartier très animé de Paris, au carrefour de la rue de Trudaine et de la rue des Martyrs. Un salon plein de charme avec son plafond, ses stucs rococo et ses fauteuils de rotin. “Un salon de quartier peut être de très haut niveau, avoir une certaine classe”, explique Laurence. “Ce que je veux, c’est le faire mieux connaître, lui donner une réputation d’accueil. Que l’on sache qu’ici on est aux petits soins, que l’on passe avec une cliente tout le temps qu’il faut. Je veux faire du travail fignolé d’un bout à l’autre. Ne pas me laisser aller sous prétexte que ça marche, comme je vois parfois le faire les coiffeurs qui réussissent. Mais aussi je veux travailler pour mon plaisir. Imaginer, créer, éviter la routine. L’argent passe après.”


Une seule échéance chagrine un peu cette battante dont rien ne semble pouvoir entamer l'enthousiasme: l’obligation de passer son brevet professionnel. “Il faudra bien, c’est indispensable, mais je ne supporte pas ce qui ressemble à l’école, de près ou de loin!





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